Le Cabinet de médiation-conseils dédié au dialogue humains – non-humain





Séverine CARREZ, médiatrice, docteure en droit, chercheure à l’INNE (Institut International pour la Négociation Ecologique)

Pour en savoir plus : www.ecociateurs.fr / www.negociation-ecologique.fr

Engager un dialogue avec le vivant, c’est avant tout s’ouvrir à la créativité sous toutes ses formes. Les dimensions artistiques et sensibles représentent l’une des voies les plus riches pour se rapprocher du monde naturel, car elles offrent une diversité de moyens de communication qui vont au-delà des mots.

Mais pour établir un véritable lien, il est important de se demander à quelle part de notre humanité nous faisons appel. En effet, nos manières d’entrer en relation avec le vivant varient selon les cultures. D’un pays à l’autre, d’un peuple à l’autre, les codes changent.

En Occident, par exemple, nous accordons souvent de l’importance à l’apparence, aux codes vestimentaires, ou encore aux rituels méditatifs pour entrer dans un moment de connexion. Ces éléments peuvent déjà transmettre beaucoup d’informations. Pourtant, dans d’autres cultures, les modes d’entrée en dialogue sont tout à fait différents : on ne passe pas forcément par des espaces officiels ou formels, mais par des lieux symboliques comme une maison, un cercle de parole ou un site sacré.

C’est pourquoi la dimension interculturelle est essentielle lorsqu’on parle de dialogue avec le vivant. Il ne s’agit pas seulement de comprendre l’autre (humain ou non humain), mais aussi de respecter le contexte dans lequel ce dialogue a lieu — qu’il soit social, culturel ou naturel.

À cela s’ajoute l’importance de prendre en compte la nature comme milieu vivant : sa géographie, son histoire, et même ce que nous, humains, en connaissons ou en ressentons. C’est en réintégrant toutes ces dimensions que nous pouvons tendre vers un dialogue profond, sincère et respectueux.

C’est cette approche que je mets en œuvre dans mon travail, en mobilisant une grande diversité d’informations et de disciplines. C’est aussi ce que vous pourrez retrouver dans les projets portés par les Écociateurs.fr ou encore par l’INNE (Institut International pour la Négociation Écologique).

La méthode est complexe, car elle doit s’adapter à plusieurs échelles : du très local au global. Elle est également interdisciplinaire, faisant appel à la fois aux sciences naturelles, aux sciences humaines, à l’économie, à la gestion, et bien d’autres domaines encore.

Mais au fond, toutes ces connaissances sont là pour rétablir une cohérence entre les arts, les savoirs, et notre lien au vivant. Elles permettent de créer des espaces de dialogue adaptés à la diversité des interlocuteurs — car nous n’avons pas tous “le même jardin”, c’est-à-dire les mêmes repères, les mêmes histoires, ni les mêmes façons de concevoir notre relation à l’environnement.

La médiation, dans cette perspective, se distingue par son ouverture. Elle prend en compte une pluralité d’acteurs, aux profils très différents — y compris la question du rôle et de la responsabilité des entreprises.

C’est donc une démarche qui repose sur une grande diversité de dimensions du dialogue. Elle permet de créer de nouveaux cadres, adaptés aux enjeux écologiques d’aujourd’hui, et plus respectueux du vivant dans toutes ses formes.

L’éco-médiation : dialoguer avec le vivant

L’éco-médiation consiste à entrer en dialogue avec le vivant. Les écociateurs, médiateurs du vivant ont pour mission d’aider les humains à renouer ce lien, en les accompagnant dans des prises de décision plus cohérentes avec les réalités écologiques actuelles — que ce soit dans le temps, dans l’espace, ou dans leurs impacts sur les écosystèmes.

Mais comment ce dialogue profond s’installe-t-il ?

Cela commence par une réflexion interculturelle. Car notre manière d’interagir avec le monde vivant dépend de la culture dans laquelle nous avons grandi. Chaque personne, selon son parcours et ses expériences, capte et comprend les signaux du monde vivant d’une façon différente. L’interculturel, dans ce contexte, ne concerne pas uniquement les différences entre humains. Il s’applique aussi à notre relation aux non-humains, aux écosystèmes, à la nature dans son ensemble.

Dans certaines cultures, la connexion avec le vivant est naturelle, omniprésente, au point qu’elle ne fait pas l’objet d’un débat. Le lien est évident, intégré dans les gestes du quotidien, dans les traditions. À l’inverse, en Occident, nous avons appris à analyser, décrire, nommer les éléments de notre environnement. Cette posture nous place parfois à l’extérieur du vivant, comme des observateurs détachés de ce qui, en réalité, est une extension de nous-mêmes.

Et pourtant, nous influençons les écosystèmes autant qu’ils nous influencent. Il existe une interdépendance permanente. C’est ce que rappelle le concept de coviabilité, développé par l’anthropologue Olivier BARRIERE . Il affirme qu’un être vivant ou un écosystème ne peut continuer à exister que si ceux qui l’entourent restent eux aussi viables. Autrement dit, notre survie est liée à celle du reste du vivant.

Mon travail de recherche s’inscrit dans cette réflexion. Il s’agit de comprendre comment, dans notre contexte occidental — et plus précisément en France — on peut réintégrer cette conscience du lien au vivant. Contrairement à d’autres cultures où cette relation est déjà bien ancrée, notre société a souvent rompu ce dialogue. L’enjeu est donc de le reconstruire.

Cela suppose de revoir les fondements mêmes de nos décisions : se demander au service de quoi nous agissons. S’agit-il simplement de répondre à une opportunité financière, à un appel à projet ? Ou cherchons-nous à répondre à un besoin réel du territoire, de ses habitants, humains et non-humains ?

Cette question est centrale pour déterminer si nous sommes vraiment dans un dialogue avec le vivant.

Viennent ensuite tous les éléments classiques de la médiation : la volonté d’écouter, l’honnêteté, la reconnaissance des différents points de vue. Mais quand on parle d’éco-médiation, il faut aller plus loin. Il faut aussi expérimenter de nouvelles manières de faire, qui permettent d’intégrer le sensible, l’intuition, la créativité.

Cela peut passer par des outils innovants, des espaces d’échange plus ouverts, ou des méthodes qui nous sortent des schémas classiques — comme celui de simplement s’asseoir autour d’une table pour débattre. Il s’agit de créer les conditions d’un dialogue authentique, où chaque acteur — humain ou non — a la place d’exister et d’être entendu

Pour en savoir plus : www.ecociateurs.fr / www.negociation-ecologique.fr

Comment dialoguer concrètement avec le vivant ?

Le dialogue avec le vivant prend des formes très diverses. Il dépend du contexte : s’agit-il d’un conflit autour d’un loup, d’une rivière, d’un écosystème de montagne ? De qui est présent autour de la table ? Combien de temps a-t-on ? Y a-t-il un ou plusieurs médiateurs, et comment travaillent-ils ? Le dialogue se construit toujours au cas par cas, en fonction de toutes ces variables. Il n’existe pas de méthode unique.

Ce qui est important à comprendre, c’est que ce dialogue ne repose pas uniquement sur une discussion classique, autour d’une table, avec des arguments échangés entre personnes. Il s’agit plutôt d’ouvrir d’autres manières de percevoir, de ressentir, de comprendre. Cela peut passer par des expériences sensibles, par exemple, pour aider les participants à se reconnecter à la nature, à mieux prendre en compte les non-humains dans leurs réflexions.

Mais cela suppose aussi de revoir notre manière de penser le vivant. Car souvent, lorsqu’on pose la question “Comment le vivant s’exprime ?”, on part du principe qu’il est extérieur à nous. Or, pour beaucoup, le vivant ne se limite pas à la faune, à la flore ou aux paysages. Il traverse chacun de nous. Nous en faisons partie. Il ne faut donc pas chercher à “donner la parole” au vivant comme s’il était un autre lointain, mais plutôt à faire émerger sa présence dans nos décisions, nos ressentis, nos manières d’agir.

De la même manière, opposer le “sensible” au “rationnel” ou au “scientifique” n’a pas toujours de sens. Ces dimensions ne sont pas incompatibles : elles peuvent se compléter. Dans certaines pratiques, le résultat d’une médiation peut d’ailleurs prendre des formes très différentes : un texte, une œuvre artistique, un rituel… L’important est que cela exprime ce qui a été vécu collectivement, y compris avec les éléments non humains.

Par exemple, dans certaines cultures, on utilise des rituels pour représenter symboliquement la présence du vivant. Un bol d’eau posé au centre d’un cercle peut ainsi manifester la présence de la rivière ou de l’océan dans la discussion. Ce geste simple, accompagné d’un rituel ou d’un récit, permet de réactiver la mémoire et le lien que chacun entretient avec l’élément naturel concerné. Ce type de médiation ne vient pas forcément de moi, mais ce sont des méthodes puissantes pour que les humains se reconnectent à ce qui les entoure.

En somme, le dialogue avec le vivant ne suit pas un protocole figé. Il naît d’un ensemble de conditions humaines, culturelles, spirituelles et sensibles, qui varient d’un lieu à l’autre, d’un groupe à l’autre. Ce qui compte, c’est la qualité de présence qu’on est capable de créer, et la capacité à faire émerger un sens partagé.

Expérimenter la médiation avec le vivant : entre promesse et complexité

Le dialogue avec le vivant ne peut pas être réduit à une méthode simple ou à une procédure standardisée. Il s’agit avant tout d’expériences, qui mobilisent des dimensions sensibles, culturelles, spirituelles et souvent intimes. En tant que médiatrice et écociatrice, cela signifie aller chercher en soi un lien profond avec le vivant – l’eau, la montagne, un animal – et non pas simplement répondre avec sa propre pensée ou ses propres valeurs. C’est une manière de se relier à d’autres échelles, de s’ouvrir à ce qui dépasse notre point de vue humain ou individuel.

Cette approche n’est pas encore institutionnalisée. Elle est toutefois bien encadrée et ne s’ouvre pour le moment qu’aux médiateurs professionnels (ayant plus de 200 heures de formation). Ma démarche dans cette formation à l’écomédiation est de former des professionnels du dialogue (gestion de conflit, création d’intelligence collective) à s’ouvrir au dialogue avec des êtres hypersensibles et clairvoyants (les écociateurs) également formés à la médiation. Ces premiers apprenants, experts du dialogue, apprennent à travailler ensemble en équipe et à augmenter ensemble leur niveau de conscience et de vigilance sur les échanges et les dialogues avec le vivant qu’ils sont et seront menés à encadrer. Ils sont également formés à tenir un cadre spécifique qui sécurise et garanti l’écoute de tous. La temporalité et l’espace sont mis en place au fil de l’eau selon les besoins du dialogue.  Pour le moment, les premières formations sont en cours et les premières demandes de ce type de mise en dialogue sont à leur balbutiement. Elles sont encore souvent à l’état d’initiatives discrètes, de tentatives ponctuelles.

Notez que, avec la reconnaissance officielle des droits de la Nature et les propositions de lois déposées récemment pour faire entrer la Nature dans la gouvernance des entreprises, gageons que le métier d’« écociateur » pourra trouver un espace pour garantir l’écoute véritable du vivant et ne pas retomber dans l’écueil tristement répété des humains qui font pour faire et qui transforment de belles intentions en greenwashing.

Pour en savoir plus :

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